Après plusieurs mois focalisés autour de la réforme des retraites, de nouveaux sujets arrivent sur le devant de la scène. À l’occasion de son université syndicale d’été, la CFDT a fixé son cap.

À l’inverse d’une météo peu clémente, les responsables CFDT réunis à Bierville à la fin août pour l’université syndicale d’été étaient, eux, en pleine effervescence. Trois jours durant, ils ont tiré les enseignements du semestre social que nous venons de vivre et esquissé les défis d’une rentrée qui s’annonce déjà chargée. Avec, toujours, cette volonté propre à la CFDT de « garder les deux pieds dans le monde du travail et les oreilles tendues vers le monde intellectuel », résumait Marylise Léon dans son discours de clôture.

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« Trop d’organisations autour de nous s’assèchent, recyclent de vieilles lubies, voire entretiennent l’entre-soi et se replient sur elles-mêmes […] la CFDT doit rester une machine à idées. Nous avons de nouveaux modes de vie et de travail à imaginer, des transitions à construire. L’année qui s’ouvre doit nous permettre de poser de nouveaux jalons. » Plusieurs échéances attendent en effet les partenaires sociaux dans les prochaines semaines, à commencer par les négociations relatives à l’Agirc-Arrco, qui débutent ce 5 septembre, et la négociation sur l’assurance chômage… qui s’annonce tendue. Invité à débattre avec Marylise Léon devant l’USE, le président du Medef, Patrick Martin, a mis les pieds dans le plat.

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« Une partie des excédents du régime doit revenir aux entreprises par une baisse de cotisations, dont une part pourra servir à des revalorisations salariales. » « Entamer une négociation en parlant d’une baisse de cotisations, ça s’annonce musclé ! », rétorque la secrétaire générale de la CFDT, et ce, même si le document de cadrage adressé début août aux partenaires sociaux « ne permet pas, à ce stade, de savoir s’il y a des voies de passage entre organisations syndicales et patronales ». Sur des sujets plus consensuels tels que la prévoyance pour les non-cadres ou les parcours syndicaux, les partenaires sociaux devraient avancer de manière plus pragmatique. De fait, quatre des cinq organisations syndicales représentatives ont décidé début juillet de s’engager sur un agenda social qui redonne toute sa place au dialogue social interprofessionnel. « Avec les ordonnances travail, de nombreux observateurs l’avaient enterré. La dynamique est revenue », estime Marylise Léon, qui rappelle que trois ANI1 ont été signés depuis janvier.

La conférence salariale qui s’invite au débat

Première préoccupation des travailleurs, la question des salaires sera également au cœur des débats – la perspective d’une conférence sociale2 ayant émergé le 31 août à l’issue de la réunion entre le président de la République et les représentants des partis politiques. La CFDT, qui avait interpellé la Première ministre à la mi-juillet à propos d’une incitation plus ferme de l’État vis-à-vis des branches en dehors des clous, accueille cette conférence avec prudence, tout en réitérant sa volonté de « conditionner les exonérations de cotisations pour les entreprises qui ne jouent pas le jeu de la négociation sur les salaires ». Sans surprise, le patronat est très réservé sur le sujet, Patrick Martin refusant de voir « les pouvoirs publics s’emparer de sujets relevant de la responsabilité des partenaires sociaux ». Les contours de cette conférence salariale, encore très flous, pourraient être révélés à l’occasion de la rencontre entre la secrétaire générale de la CFDT et le chef de l’État.

Une CFDT combative mais pas revancharde

Sur d’autres sujets ayant trait à l’emploi des seniors et à l’usure professionnelle, la place des pouvoirs publics sera également examinée, l’agenda social prévoyant une « intervention de l’État » sur ces questions post-réforme des retraites. Estimant, à l’inverse du patronat, que « l’État a sa place dans le débat à condition qu’il n’y ait pas de document d’orientation qui vienne cadenasser les négociations », Marylise Léon appelle la CFDT à faire preuve de combativité. « Une CFDT combative, cela ne veut pas dire une CFDT revancharde. Pour continuer d’être utile aux travailleurs, la CFDT ne peut pas s’engluer dans des rancœurs stériles. La mobilisation sur les retraites doit servir de point d’appui pour conforter nos revendications sur le travail et ses transformations », estime sa secrétaire générale.

C’était d’ailleurs pour elle l’occasion de faire le point sur l’état de l’intersyndicale, réunie quelques jours plus tôt en vue de décider d’une journée de mobilisation européenne décentralisée, le 13 octobre prochain. « En cette rentrée, l’intersyndicale est en train de faire sa mue. Nous bossons à de nouvelles revendications communes, et nous y consacrerons le temps nécessaire sans jamais nous perdre en route. »

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Agir avec d’autres organisations contre la désespérance

Dans une période marquée par des tensions et des fractures au sein de la société, « les idées d’extrême droite, cachées derrière les faux nez du social ou de l’écologie, reçoivent un écho fort », plaidaient Marylise Léon et Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif, lors d’une table ronde dédiée à l’enjeu démocratique.

« La question démocratique a été un long débat interne lorsqu’on a changé de nom. Elle est aujourd’hui une valeur cardinale ancrée au plus profond de notre action syndicale. Il est de notre responsabilité de ne pas nourrir le renoncement et la désespérance », résume la CFDT. Face à une réponse « purement politicienne [qui]donnerait du grain à moudre à l’extrême droite », le Pacte du pouvoir de vivre apparaît, pour bien des acteurs de la société civile (et au-delà), comme une réponse à cette désespérance. « Le Pacte est devenu un objet politique en soi, en relevant le défi de porter un message et des propositions. Aujourd’hui, nous lançons l’acte II en répondant à cette envie d’agir de nos concitoyens et en leur offrant la possibilité de s’impliquer sur un territoire », concluait Claire Thoury. Une école du Pacte du pouvoir de vivre devrait ainsi voir le jour dans les prochaines semaines…

Source: Anne-Sophie BALLE, Rédactrice en chef adjointe de Syndicalisme Hebdo

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